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Analyse9 min de lecture22 novembre 2025

Topologie des espaces métriques pour la prépa

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La topologie des espaces métriques fournit le cadre rigoureux pour parler de convergence, continuité et compacité. En CPGE, ces notions sont indispensables en analyse (fonctions de plusieurs variables, séries de fonctions) et apparaissent régulièrement aux concours.

Espaces métriques : définitions

Un espace métrique est un couple (E,d)(E, d)EE est un ensemble et d:E×ER+d : E \times E \to \mathbb{R}^+ vérifie :

  • Séparation : d(x,y)=0x=yd(x,y) = 0 \Leftrightarrow x = y
  • Symétrie : d(x,y)=d(y,x)d(x,y) = d(y,x)
  • Inégalité triangulaire : d(x,z)d(x,y)+d(y,z)d(x,z) \leq d(x,y) + d(y,z)
  • Exemples fondamentaux :

    • (Rn,2)(\mathbb{R}^n, \|\cdot\|_2) avec d(x,y)=(xiyi)2d(x,y) = \sqrt{\sum (x_i - y_i)^2}
    • (C([a,b],R),)(\mathcal{C}([a,b], \mathbb{R}), \|\cdot\|_\infty) avec d(f,g)=sup[a,b]fgd(f,g) = \sup_{[a,b]} |f-g|
    • (Rn,1)(\mathbb{R}^n, \|\cdot\|_1) et (Rn,)(\mathbb{R}^n, \|\cdot\|_\infty)

    La boule ouverte de centre aa et de rayon r>0r > 0 est B(a,r)={xEd(x,a)<r}B(a,r) = \{x \in E \mid d(x,a) < r\}.

    Ouverts et fermés

    Un ensemble UEU \subset E est ouvert si pour tout xUx \in U, il existe r>0r > 0 tel que B(x,r)UB(x,r) \subset U. Intuitivement, on peut « bouger un peu » autour de chaque point sans sortir de UU.

    Un ensemble FEF \subset E est fermé si son complémentaire EFE \setminus F est ouvert. De manière équivalente, FF est fermé si et seulement si toute suite d'éléments de FF qui converge dans EE a sa limite dans FF.

    Propriétés :

    • Toute union d'ouverts est ouverte ; toute intersection finie d'ouverts est ouverte
    • Toute intersection de fermés est fermée ; toute union finie de fermés est fermée
    • \emptyset et EE sont à la fois ouverts et fermés

    Exemple : dans R\mathbb{R}, l'intervalle ]0,1[]0, 1[ est ouvert, [0,1][0, 1] est fermé, et [0,1[[0, 1[ n'est ni ouvert ni fermé.

    L'adhérence A\overline{A} de AA est le plus petit fermé contenant AA, et l'intérieur A˚\mathring{A} est le plus grand ouvert contenu dans AA.

    Convergence et continuité

    Une suite (xn)(x_n) converge vers \ell dans (E,d)(E, d) si d(xn,)0d(x_n, \ell) \to 0. La limite, quand elle existe, est unique (grâce à la séparation).

    Une application f:(E1,d1)(E2,d2)f : (E_1, d_1) \to (E_2, d_2) est continue en aa si :

    ε>0,δ>0,d1(x,a)<δd2(f(x),f(a))<ε\forall \varepsilon > 0, \exists \delta > 0, \quad d_1(x, a) < \delta \Rightarrow d_2(f(x), f(a)) < \varepsilon

    Caractérisation séquentielle : ff est continue en aa si et seulement si pour toute suite xnax_n \to a, on a f(xn)f(a)f(x_n) \to f(a).

    Caractérisation topologique : ff est continue sur E1E_1 si et seulement si l'image réciproque de tout ouvert de E2E_2 est un ouvert de E1E_1.

    Complétude

    Un espace métrique (E,d)(E, d) est complet si toute suite de Cauchy converge dans EE. Une suite (xn)(x_n) est de Cauchy si :

    ε>0,NN,p,qN,d(xp,xq)<ε\forall \varepsilon > 0, \exists N \in \mathbb{N}, \quad \forall p, q \geq N, \quad d(x_p, x_q) < \varepsilon

    Toute suite convergente est de Cauchy, mais la réciproque n'est vraie que dans un espace complet.

    Exemples :

    • (R,)(\mathbb{R}, |\cdot|) est complet (propriété fondamentale de R\mathbb{R})
    • (Q,)(\mathbb{Q}, |\cdot|) n'est pas complet : la suite xn=k=0n1k!x_n = \sum_{k=0}^n \frac{1}{k!} est de Cauchy dans Q\mathbb{Q} mais converge vers eQe \notin \mathbb{Q}
    • (C([a,b],R),)(\mathcal{C}([a,b], \mathbb{R}), \|\cdot\|_\infty) est complet
    • (C([0,1],R),1)(\mathcal{C}([0,1], \mathbb{R}), \|\cdot\|_1) n'est pas complet

    Théorème du point fixe de Banach : si (E,d)(E, d) est complet et f:EEf : E \to E est contractante (k<1,d(f(x),f(y))kd(x,y)\exists k < 1, \, d(f(x), f(y)) \leq k \cdot d(x,y)), alors ff admet un unique point fixe.

    Ce théorème est à la base de nombreuses démonstrations d'existence et d'unicité (Cauchy-Lipschitz, théorème des fonctions implicites).

    Compacité

    La compacité est l'une des notions les plus puissantes de la topologie. Un espace métrique (K,d)(K, d) est compact si de toute suite d'éléments de KK, on peut extraire une sous-suite convergente dans KK.

    Autrement dit : (K,d)(K, d) est compact si et seulement si il est séquentiellement compact (en espace métrique, les deux notions coïncident).

    Théorème de Bolzano-Weierstrass

    Toute suite bornée de Rn\mathbb{R}^n admet une sous-suite convergente. Autrement dit, les parties fermées et bornées de Rn\mathbb{R}^n sont compactes.

    Théorème de Heine-Borel

    Dans Rn\mathbb{R}^n, un sous-ensemble KK est compact si et seulement si il est fermé et borné.

    Attention : ce théorème est spécifique à Rn\mathbb{R}^n (ou plus généralement aux espaces de dimension finie). En dimension infinie, fermé et borné n'implique pas compact.

    Contre-exemple : la boule unité fermée de (C([0,1],R),)(\mathcal{C}([0,1], \mathbb{R}), \|\cdot\|_\infty) est fermée et bornée mais pas compacte (la suite fn(x)=xnf_n(x) = x^n n'admet pas de sous-suite uniformément convergente).

    Propriétés des compacts

    • Tout compact est fermé et borné
    • L'image continue d'un compact est compacte
    • Toute fonction continue sur un compact est bornée et atteint ses bornes
    • Toute fonction continue sur un compact est uniformément continue (théorème de Heine)
    • Tout compact est complet

    Connexité

    Un espace métrique (E,d)(E, d) est connexe si les seules parties à la fois ouvertes et fermées sont \emptyset et EE.

    De manière équivalente, EE est connexe si et seulement si on ne peut pas écrire E=U1U2E = U_1 \cup U_2 avec U1,U2U_1, U_2 ouverts non vides disjoints.

    Un sous-ensemble AA de R\mathbb{R} est connexe si et seulement si c'est un intervalle.

    Connexité par arcs : EE est connexe par arcs si pour tous a,bEa, b \in E, il existe un chemin continu γ:[0,1]E\gamma : [0,1] \to E avec γ(0)=a\gamma(0) = a et γ(1)=b\gamma(1) = b. La connexité par arcs implique la connexité (mais pas l'inverse en général).

    Théorème des valeurs intermédiaires (version topologique) : l'image continue d'un connexe est connexe. Dans R\mathbb{R}, cela redonne le TVI classique.

    Équivalence des normes en dimension finie

    Théorème : en dimension finie, toutes les normes sont équivalentes. C'est-à-dire que si N1N_1 et N2N_2 sont deux normes sur Rn\mathbb{R}^n, il existe c,C>0c, C > 0 tels que :

    cN1(x)N2(x)CN1(x)xc \cdot N_1(x) \leq N_2(x) \leq C \cdot N_1(x) \quad \forall x

    Conséquence fondamentale : en dimension finie, les notions topologiques (ouverts, convergence, continuité, compacité) ne dépendent pas du choix de la norme.

    Ce théorème est faux en dimension infinie : 1\|\cdot\|_1 et \|\cdot\|_\infty ne sont pas équivalentes sur C([0,1])\mathcal{C}([0,1]).

    Applications aux concours

    La topologie intervient dans de nombreux problèmes :

    • Existence de minimum/maximum d'une fonction continue sur un compact
    • Application du point fixe de Banach pour résoudre des équations
    • Étude de la convergence uniforme via la métrique \|\cdot\|_\infty
    • Démonstration de la continuité par la caractérisation séquentielle


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