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Analyse9 min de lecture15 novembre 2025

Équations différentielles : résolution complète

EDOCauchylinéaire
Les équations différentielles ordinaires (EDO) sont un outil fondamental en mathématiques et en physique. Leur résolution fait appel à l'algèbre linéaire, l'analyse et parfois les séries entières. Ce chapitre est incontournable aux concours.

EDO linéaires du premier ordre

Forme générale

y(t)+a(t)y(t)=b(t)y'(t) + a(t) y(t) = b(t)

aa et bb sont des fonctions continues sur un intervalle II.

Équation homogène

L'équation homogène y+a(t)y=0y' + a(t)y = 0 a pour solutions :

yh(t)=Cexp(t0ta(s)ds),CRy_h(t) = C \exp\left(-\int_{t_0}^t a(s)\,ds\right), \quad C \in \mathbb{R}

L'ensemble des solutions forme un espace vectoriel de dimension 1.

Variation de la constante

Pour résoudre l'équation complète, on cherche une solution particulière sous la forme yp(t)=C(t)exp(A(t))y_p(t) = C(t) \exp(-A(t))A(t)=t0ta(s)dsA(t) = \int_{t_0}^t a(s)\,ds.

En substituant : C(t)=b(t)eA(t)C'(t) = b(t) e^{A(t)}, d'où :

yp(t)=eA(t)t0tb(s)eA(s)dsy_p(t) = e^{-A(t)} \int_{t_0}^t b(s) e^{A(s)}\,ds

La solution générale est y=yh+ypy = y_h + y_p.

Exemple. Résoudre y2ty=ty' - 2ty = t sur R\mathbb{R}.

Homogène : yh=Cet2y_h = Ce^{t^2}. Variation de la constante : C(t)=tet2C'(t) = te^{-t^2}, donc C(t)=12et2C(t) = -\frac{1}{2}e^{-t^2}.

Solution particulière : yp=12et2et2=12y_p = -\frac{1}{2}e^{-t^2} \cdot e^{t^2} = -\frac{1}{2}.

Solution générale : y(t)=Cet212y(t) = Ce^{t^2} - \frac{1}{2}.

EDO linéaires du second ordre à coefficients constants

Forme générale

ay+by+cy=f(t),a,b,cR,a0ay'' + by' + cy = f(t), \quad a, b, c \in \mathbb{R}, \, a \neq 0

Équation caractéristique

L'équation homogène ay+by+cy=0ay'' + by' + cy = 0 est résolue via l'équation caractéristique :

ar2+br+c=0ar^2 + br + c = 0

Trois cas selon le discriminant Δ=b24ac\Delta = b^2 - 4ac :

Cas 1 : Δ>0\Delta > 0 — deux racines réelles r1r2r_1 \neq r_2 :

yh(t)=C1er1t+C2er2ty_h(t) = C_1 e^{r_1 t} + C_2 e^{r_2 t}

Cas 2 : Δ=0\Delta = 0 — racine double r0=b2ar_0 = -\frac{b}{2a} :

yh(t)=(C1+C2t)er0ty_h(t) = (C_1 + C_2 t) e^{r_0 t}

Cas 3 : Δ<0\Delta < 0 — racines complexes r=α±iβr = \alpha \pm i\beta :

yh(t)=eαt(C1cos(βt)+C2sin(βt))y_h(t) = e^{\alpha t}(C_1 \cos(\beta t) + C_2 \sin(\beta t))

Recherche de solution particulière

Pour f(t)=P(t)eγtf(t) = P(t) e^{\gamma t} (polynôme ×\times exponentielle), on cherche ypy_p sous la forme :

yp(t)=tmQ(t)eγty_p(t) = t^m Q(t) e^{\gamma t}

degQ=degP\deg Q = \deg P et mm est la multiplicité de γ\gamma comme racine de l'équation caractéristique (0, 1 ou 2).

Exemple. Résoudre y+y=costy'' + y = \cos t.

Équation caractéristique : r2+1=0r^2 + 1 = 0, racines r=±ir = \pm i. Homogène : yh=C1cost+C2sinty_h = C_1 \cos t + C_2 \sin t.

Pour le second membre cost=Re(eit)\cos t = \text{Re}(e^{it}), on a γ=i\gamma = i qui est racine simple. On cherche yp=Re(tAeit)y_p = \text{Re}(t \cdot A e^{it}) avec ACA \in \mathbb{C}.

En substituant z=Ateitz = Ate^{it} dans z+z=eitz'' + z = e^{it} : A(2ieit)=eitA(2ie^{it}) = e^{it}, donc A=12i=i2A = \frac{1}{2i} = -\frac{i}{2}.

yp=Re(i2teit)=Re(i2t(cost+isint))=t2sinty_p = \text{Re}\left(-\frac{i}{2} t e^{it}\right) = \text{Re}\left(-\frac{i}{2}t(\cos t + i \sin t)\right) = \frac{t}{2}\sin t

Solution générale : y(t)=C1cost+C2sint+t2sinty(t) = C_1 \cos t + C_2 \sin t + \frac{t}{2} \sin t.

Variation des constantes (second ordre)

Pour un second membre quelconque, on utilise la variation des constantes. Si y1,y2y_1, y_2 sont deux solutions indépendantes de l'homogène, on cherche :

yp=u1(t)y1(t)+u2(t)y2(t)y_p = u_1(t) y_1(t) + u_2(t) y_2(t)

avec la condition u1y1+u2y2=0u_1' y_1 + u_2' y_2 = 0. Cela mène au système :

{u1y1+u2y2=0u1y1+u2y2=f(t)a\begin{cases} u_1' y_1 + u_2' y_2 = 0 \\ u_1' y_1' + u_2' y_2' = \frac{f(t)}{a} \end{cases}

dont le déterminant est le wronskien W(t)=y1y2y2y1W(t) = y_1 y_2' - y_2 y_1'.

Théorème de Cauchy-Lipschitz

Énoncé

Soit f:I×RnRnf : I \times \mathbb{R}^n \to \mathbb{R}^n continue et localement lipschitzienne en yy : pour tout compact KI×RnK \subset I \times \mathbb{R}^n, il existe L>0L > 0 tel que :

f(t,y1)f(t,y2)Ly1y2(t,y1),(t,y2)K\|f(t, y_1) - f(t, y_2)\| \leq L \|y_1 - y_2\| \quad \forall (t, y_1), (t, y_2) \in K

Alors pour tout (t0,y0)I×Rn(t_0, y_0) \in I \times \mathbb{R}^n, le problème de Cauchy :

{y(t)=f(t,y(t))y(t0)=y0\begin{cases} y'(t) = f(t, y(t)) \\ y(t_0) = y_0 \end{cases}

admet une unique solution maximale.

Cas linéaire

Pour l'EDO linéaire Y(t)=A(t)Y(t)+B(t)Y'(t) = A(t)Y(t) + B(t) avec AA et BB continues sur II, la solution maximale est définie sur II tout entier (pas d'explosion en temps fini).

L'ensemble des solutions de l'homogène forme un espace vectoriel de dimension nn (si YRnY \in \mathbb{R}^n).

Systèmes différentiels linéaires

Forme matricielle

Le système Y=AYY' = AY avec AMn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) constante se résout par l'exponentielle de matrice :

Y(t)=etAY0Y(t) = e^{tA} Y_0

etA=k=0+(tA)kk!e^{tA} = \sum_{k=0}^{+\infty} \frac{(tA)^k}{k!}.

Calcul pratique de etAe^{tA}

  • Si AA est diagonalisable : A=PDP1A = PDP^{-1}, donc etA=PetDP1e^{tA} = P e^{tD} P^{-1} avec etD=diag(etλ1,,etλn)e^{tD} = \text{diag}(e^{t\lambda_1}, \ldots, e^{t\lambda_n}).
  • Si A=D+NA = D + N (Dunford) : etA=etDetNe^{tA} = e^{tD} \cdot e^{tN} (car DD et NN commutent), et etNe^{tN} est un polynôme en tt car NN est nilpotent.

Exemple. Pour A=(1101)=I+NA = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix} = I + N avec N=(0100)N = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 0 & 0 \end{pmatrix} :

etA=etetN=et(1t01)e^{tA} = e^t \cdot e^{tN} = e^t \begin{pmatrix} 1 & t \\ 0 & 1 \end{pmatrix}

Portraits de phase (dimension 2)

Pour Y=AYY' = AY en dimension 2, la nature du portrait de phase dépend des valeurs propres de AA :

  • Nœud stable : deux valeurs propres réelles négatives
  • Nœud instable : deux valeurs propres réelles positives
  • Point selle : valeurs propres de signes opposés
  • Foyer : valeurs propres complexes à partie réelle non nulle
  • Centre : valeurs propres purement imaginaires (±iω\pm i\omega)

La stabilité de l'origine dépend du signe des parties réelles : l'origine est asymptotiquement stable si et seulement si toutes les valeurs propres ont une partie réelle strictement négative.


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