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Algèbre10 min de lecture25 janvier 2026

Algèbre bilinéaire et formes quadratiques

bilinéairequadratiquesignature
L'algèbre bilinéaire est un chapitre central du programme de deuxième année. Elle relie l'algèbre linéaire à la géométrie (produit scalaire, orthogonalité) et apparaît dans de nombreux sujets de concours, souvent en lien avec la réduction.

Formes bilinéaires

Définition

Soit EE un K\mathbb{K}-espace vectoriel (K=R\mathbb{K} = \mathbb{R} ou C\mathbb{C}). Une forme bilinéaire sur EE est une application φ:E×EK\varphi : E \times E \to \mathbb{K} qui est linéaire en chaque variable :

φ(λx+μx,y)=λφ(x,y)+μφ(x,y)\varphi(\lambda x + \mu x', y) = \lambda \varphi(x, y) + \mu \varphi(x', y)
φ(x,λy+μy)=λφ(x,y)+μφ(x,y)\varphi(x, \lambda y + \mu y') = \lambda \varphi(x, y) + \mu \varphi(x, y')

La forme φ\varphi est symétrique si φ(x,y)=φ(y,x)\varphi(x, y) = \varphi(y, x) pour tous x,yx, y.

Matrice d'une forme bilinéaire

Dans une base (e1,,en)(e_1, \ldots, e_n) de EE, la matrice de φ\varphi est M=(mij)M = (m_{ij}) avec mij=φ(ei,ej)m_{ij} = \varphi(e_i, e_j).

Si x=xieix = \sum x_i e_i et y=yjejy = \sum y_j e_j, alors :

φ(x,y)=XTMY\varphi(x, y) = X^T M Y

XX et YY sont les vecteurs colonnes des coordonnées.

La forme est symétrique si et seulement si MM est symétrique (M=MTM = M^T).

Changement de base : si PP est la matrice de passage, la matrice de φ\varphi dans la nouvelle base est PTMPP^T M P.

Noyau et non-dégénérescence

Le noyau (ou radical) de φ\varphi est :

kerφ={xEyE,φ(x,y)=0}\ker \varphi = \{x \in E \mid \forall y \in E, \, \varphi(x, y) = 0\}

La forme φ\varphi est non dégénérée si kerφ={0}\ker \varphi = \{0\}, c'est-à-dire si MM est inversible.

Formes quadratiques

Définition et polarisation

Une forme quadratique sur EE est une application q:EKq : E \to \mathbb{K} telle qu'il existe une forme bilinéaire symétrique φ\varphi avec :

q(x)=φ(x,x)q(x) = \varphi(x, x)

La forme bilinéaire φ\varphi se retrouve par la formule de polarisation :

φ(x,y)=12[q(x+y)q(x)q(y)]\varphi(x, y) = \frac{1}{2}[q(x+y) - q(x) - q(y)]

(valable en caractéristique 2\neq 2).

Exemple. q(x,y,z)=x2+3y22xy+4xzq(x, y, z) = x^2 + 3y^2 - 2xy + 4xz est une forme quadratique sur R3\mathbb{R}^3. Sa matrice dans la base canonique est :

M=(112130200)M = \begin{pmatrix} 1 & -1 & 2 \\ -1 & 3 & 0 \\ 2 & 0 & 0 \end{pmatrix}

Rang et noyau

Le rang de qq est le rang de la matrice MM (indépendant de la base). Le noyau de qq est celui de φ\varphi.

Orthogonalité

Deux vecteurs xx et yy sont orthogonaux (pour φ\varphi) si φ(x,y)=0\varphi(x, y) = 0. Un vecteur xx est isotrope si q(x)=φ(x,x)=0q(x) = \varphi(x, x) = 0.

L'orthogonal d'un sous-espace FF est :

F={xEyF,φ(x,y)=0}F^\perp = \{x \in E \mid \forall y \in F, \, \varphi(x, y) = 0\}

Attention : contrairement au cas des espaces préhilbertiens, on peut avoir FF{0}F \cap F^\perp \neq \{0\} (présence de vecteurs isotropes).

Réduction des formes quadratiques

Algorithme de Gauss

L'algorithme de Gauss permet de décomposer toute forme quadratique en somme de carrés de formes linéaires indépendantes :

q(x)=λ1L1(x)2+λ2L2(x)2++λrLr(x)2q(x) = \lambda_1 L_1(x)^2 + \lambda_2 L_2(x)^2 + \cdots + \lambda_r L_r(x)^2

où les LiL_i sont des formes linéaires linéairement indépendantes, r=rg(q)r = \text{rg}(q), et λi0\lambda_i \neq 0.

Méthode :

  • S'il existe ii tel que le coefficient de xi2x_i^2 est non nul, compléter le carré en xix_i
  • Sinon, effectuer un changement de variable xi=u+vx_i = u + v, xj=uvx_j = u - v pour faire apparaître un carré
  • Itérer sur les variables restantes
  • Exemple. Réduisons q(x,y)=2xyq(x, y) = 2xy.

    Pas de terme carré, donc on pose x=u+vx = u + v, y=uvy = u - v :

    q=2(u+v)(uv)=2u22v2q = 2(u+v)(u-v) = 2u^2 - 2v^2

    Donc qq est de signature (1,1)(1, 1).

    Bases orthogonales

    L'algorithme de Gauss revient à trouver une base orthogonale pour φ\varphi, c'est-à-dire une base (e1,,en)(e_1, \ldots, e_n) telle que φ(ei,ej)=0\varphi(e_i, e_j) = 0 pour iji \neq j. Dans une telle base :

    q(xiei)=q(ei)xi2q\left(\sum x_i e_i\right) = \sum q(e_i) x_i^2

    et la matrice de φ\varphi est diagonale.

    Théorème : toute forme quadratique sur un R\mathbb{R}-espace vectoriel de dimension finie admet une base orthogonale.

    Signature et loi d'inertie de Sylvester

    Signature

    La signature d'une forme quadratique réelle qq de rang rr est le couple (p,q)(p, q) où :

    • pp = nombre de λi>0\lambda_i > 0 dans la décomposition en carrés
    • qq = nombre de λi<0\lambda_i < 0
    • p+q=r=rg(q)p + q = r = \text{rg}(q)

    Loi d'inertie de Sylvester

    Théorème (Sylvester) : la signature est un invariant de la forme quadratique, indépendant de la décomposition choisie.

    Autrement dit, si q=i=1pLi2j=1sMj2=i=1pLi2j=1sMj2q = \sum_{i=1}^p L_i^2 - \sum_{j=1}^s M_j^2 = \sum_{i=1}^{p'} L_i'^2 - \sum_{j=1}^{s'} M_j'^2, alors p=pp = p' et s=ss = s'.

    Classification

    Deux formes quadratiques réelles sur Rn\mathbb{R}^n sont congruentes (équivalentes par changement de base) si et seulement si elles ont même signature. Il y a donc (n+1)(n+2)2\frac{(n+1)(n+2)}{2} classes de congruence.

    Cas particuliers :

    • Définie positive : signature (n,0)(n, 0), i.e. q(x)>0q(x) > 0 pour tout x0x \neq 0
    • Définie négative : signature (0,n)(0, n)
    • Positive : signature (p,0)(p, 0) avec pnp \leq n

    Critère de Sylvester (positivité)

    Une forme quadratique réelle de matrice MM (symétrique) est définie positive si et seulement si tous les mineurs principaux dominants sont strictement positifs :

    Δ1=m11>0,Δ2=m11m12m21m22>0,,Δn=detM>0\Delta_1 = m_{11} > 0, \quad \Delta_2 = \begin{vmatrix} m_{11} & m_{12} \\ m_{21} & m_{22} \end{vmatrix} > 0, \quad \ldots, \quad \Delta_n = \det M > 0

    Exemple. M=(2113)M = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 1 & 3 \end{pmatrix} : Δ1=2>0\Delta_1 = 2 > 0, Δ2=61=5>0\Delta_2 = 6 - 1 = 5 > 0. La forme est définie positive.

    Lien avec les espaces préhilbertiens

    Un produit scalaire sur un R\mathbb{R}-espace vectoriel EE est une forme bilinéaire symétrique définie positive. La forme quadratique associée q(x)=x,x=x2q(x) = \langle x, x \rangle = \|x\|^2 est alors une norme au carré.

    Toute la théorie des espaces préhilbertiens (Cauchy-Schwarz, orthogonalité, Gram-Schmidt) repose sur cette structure d'algèbre bilinéaire.


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