L'algèbre bilinéaire est un chapitre central du programme de deuxième année. Elle relie l'algèbre linéaire à la géométrie (produit scalaire, orthogonalité) et apparaît dans de nombreux sujets de concours, souvent en lien avec la réduction.
Formes bilinéaires
Définition
Soit E un K-espace vectoriel (K=R ou C). Une forme bilinéaire sur E est une application φ:E×E→K qui est linéaire en chaque variable :
φ(λx+μx′,y)=λφ(x,y)+μφ(x′,y)
φ(x,λy+μy′)=λφ(x,y)+μφ(x,y′)
La forme φ est symétrique si φ(x,y)=φ(y,x) pour tous x,y.
Matrice d'une forme bilinéaire
Dans une base (e1,…,en) de E, la matrice de φ est M=(mij) avec mij=φ(ei,ej).
Si x=∑xiei et y=∑yjej, alors :
φ(x,y)=XTMY
où X et Y sont les vecteurs colonnes des coordonnées.
La forme est symétrique si et seulement si M est symétrique (M=MT).
Changement de base : si P est la matrice de passage, la matrice de φ dans la nouvelle base est PTMP.
Noyau et non-dégénérescence
Le noyau (ou radical) de φ est :
kerφ={x∈E∣∀y∈E,φ(x,y)=0}
La forme φ est non dégénérée si kerφ={0}, c'est-à-dire si M est inversible.
Formes quadratiques
Définition et polarisation
Une forme quadratique sur E est une application q:E→K telle qu'il existe une forme bilinéaire symétrique φ avec :
q(x)=φ(x,x)
La forme bilinéaire φ se retrouve par la formule de polarisation :
φ(x,y)=21[q(x+y)−q(x)−q(y)]
(valable en caractéristique =2).
Exemple.q(x,y,z)=x2+3y2−2xy+4xz est une forme quadratique sur R3. Sa matrice dans la base canonique est :
M=1−12−130200
Rang et noyau
Le rang de q est le rang de la matrice M (indépendant de la base). Le noyau de q est celui de φ.
Orthogonalité
Deux vecteurs x et y sont orthogonaux (pour φ) si φ(x,y)=0. Un vecteur x est isotrope si q(x)=φ(x,x)=0.
L'orthogonal d'un sous-espace F est :
F⊥={x∈E∣∀y∈F,φ(x,y)=0}
Attention : contrairement au cas des espaces préhilbertiens, on peut avoir F∩F⊥={0} (présence de vecteurs isotropes).
Réduction des formes quadratiques
Algorithme de Gauss
L'algorithme de Gauss permet de décomposer toute forme quadratique en somme de carrés de formes linéaires indépendantes :
q(x)=λ1L1(x)2+λ2L2(x)2+⋯+λrLr(x)2
où les Li sont des formes linéaires linéairement indépendantes, r=rg(q), et λi=0.
Méthode :
S'il existe i tel que le coefficient de xi2 est non nul, compléter le carré en xi
Sinon, effectuer un changement de variable xi=u+v, xj=u−v pour faire apparaître un carré
Itérer sur les variables restantes
Exemple. Réduisons q(x,y)=2xy.
Pas de terme carré, donc on pose x=u+v, y=u−v :
q=2(u+v)(u−v)=2u2−2v2
Donc q est de signature (1,1).
Bases orthogonales
L'algorithme de Gauss revient à trouver une base orthogonale pour φ, c'est-à-dire une base (e1,…,en) telle que φ(ei,ej)=0 pour i=j. Dans une telle base :
q(∑xiei)=∑q(ei)xi2
et la matrice de φ est diagonale.
Théorème : toute forme quadratique sur un R-espace vectoriel de dimension finie admet une base orthogonale.
Signature et loi d'inertie de Sylvester
Signature
La signature d'une forme quadratique réelle q de rang r est le couple (p,q) où :
p = nombre de λi>0 dans la décomposition en carrés
q = nombre de λi<0
p+q=r=rg(q)
Loi d'inertie de Sylvester
Théorème (Sylvester) : la signature est un invariant de la forme quadratique, indépendant de la décomposition choisie.
Autrement dit, si q=∑i=1pLi2−∑j=1sMj2=∑i=1p′Li′2−∑j=1s′Mj′2, alors p=p′ et s=s′.
Classification
Deux formes quadratiques réelles sur Rn sont congruentes (équivalentes par changement de base) si et seulement si elles ont même signature. Il y a donc 2(n+1)(n+2) classes de congruence.
Cas particuliers :
Définie positive : signature (n,0), i.e. q(x)>0 pour tout x=0
Définie négative : signature (0,n)
Positive : signature (p,0) avec p≤n
Critère de Sylvester (positivité)
Une forme quadratique réelle de matrice M (symétrique) est définie positive si et seulement si tous les mineurs principaux dominants sont strictement positifs :
Exemple.M=(2113) : Δ1=2>0, Δ2=6−1=5>0. La forme est définie positive.
Lien avec les espaces préhilbertiens
Un produit scalaire sur un R-espace vectoriel E est une forme bilinéaire symétrique définie positive. La forme quadratique associée q(x)=⟨x,x⟩=∥x∥2 est alors une norme au carré.
Toute la théorie des espaces préhilbertiens (Cauchy-Schwarz, orthogonalité, Gram-Schmidt) repose sur cette structure d'algèbre bilinéaire.
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